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Souvent endigués, canalisés les petits cours d'eau côtiers de la région PACA sont parmi les plus impactés par les activités humaines et restent méconnus scientifiquement - 31/07/2015

La région PACA constitue la première destination touristique de France, principalement sur sa frange côtière qui abrite déjà 80 % de ses 4,5 millions d’habitants. Pour faire face à cette augmentation démographique saisonnière, son littoral a subi au cours des dernières décennies une urbanisation croissante, à l’origine de nombreuses perturbations des écosystèmes en place.

Ces déséquilibres se trouvent accentués par la violence des extrêmes climatiques méditerranéens (sécheresse et pluies torrentielles), occasionnant des dégâts matériels et humains majeurs.

 

Pansard2

Pansard (83) - Photo MRE

Partant de ce constat, la Maison Régionale de l’Eau a engagé en 2014, avec le soutien financier de l’Agence de l’Eau RMC et du Conseil Régional, une étude sur les petits cours d’eau côtiers de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Souvent endigués, canalisés, recouverts dans leur partie aval, ils sont parmi les plus impactés par les activités humaines et restent méconnus scientifiquement.

Cette étude, qui se prolonge sur l’année 2015, a notamment pour objectif de définir et d’inventorier ces milieux au fonctionnement très particulier, afin d’enrichir les données et connaissances les concernant.

Cette étude comporte également un volet sociologique afin de réhabiliter ces cours d’eau auprès de la population, dans le cadre d’une thématique intitulée “le retour de l’eau dans la ville”. En effet, pour la majorité des citadins, ces milieux renvoient une image négative par les inondations qu’ils provoquent ou parce qu’ils sont un frein à l’acquisition foncière. Pour les professionnels, ils n’ont que peu d’intérêts du fait de leur débit intermittent et de leur fragmentation. Ils sont donc ignorés des populations, voire même des élus.
A l’heure où les changements climatiques nous imposent de nouvelles donnes, il est indispensable de faire prendre conscience aux habitants et aux différents acteurs de l’intérêt écologique et paysager de ces fleuves, première étape vers une meilleure gestion qui passera obligatoirement par une nouvelle gouvernance et l’investissement des habitants et des élus.

L’étude sur les petits cours d’eau côtiers a débuté par la mise en place d’une méthodologie visant à définir ces milieux et les inventorier. Sur la base de cette méthodologie, 23 bassins versants ont été dénombrés en région PACA.

Lors de la phase d’échantillonnage de 2014, 21 stations réparties sur huit cours d’eau appartenant à sept bassins versants ont fait l’objet de pêches électriques d’inventaire. Idéalement, trois stations ont été positionnées le long du linéaire de chaque cours d’eau, afin d’intégrer le gradient croissant vers l’aval de dégradation, qui caractérise ces petits cours d’eau côtiers. Mais localement, lorsque la longueur du cours d’eau était trop faible, seules deux stations ont été réalisées.

Quelles espèces ?

Au total, quinze espèces de poissons appartenant à sept familles différentes ont été capturées.

A noter que parmi ces espèces, neuf appartenaient à la famille des cyprinidés, l’ensemble des six autres familles n’étant représenté que par une seule espèce.

Sur la base des inventaires, le peuplement piscicole caractéristique des petits cours d’eau côtiers méditerranéens est constitué de trois espèces, l’anguille européenne (Anguilla anguilla), le chevaine (Squalius cephalus) et le barbeau méridional (Barbus meridionalis). Il s’agit donc d’un peuplement à forte valeur patrimoniale, dont deux espèces constitutives, l’anguille et le barbeau méridional, bénéficient d'un haut statut de protection.
L’ensemble des douze autres espèces contactées peuvent être considérées comme rares à l’échelle de la zone d’étude dans la mesure où elles n’ont été observées qu’au niveau d’une ou deux stations seulement. D’ailleurs, si l’on raisonne non plus en termes de stations mais de cours d’eau, l’on s’aperçoit que dix espèces, soit deux tiers des espèces contactées, ne sont présentes qu’à l’échelle d’un seul bassin.

 

BLENNIE

Blennie - Photo MRE

L'anguille, seul migrateur...

L’anguille a été capturée dans l’ensemble des stations à l’exception de la station amont du Caréi. Mais sa très forte occurrence ne saurait masquer des situations très contrastées entre les cours d’eau, mais également à l’intérieur d’un même cours d’eau.

En effet, l’une des tendances fortes concernant cette espèce est l’existence un gradient de densité longitudinal aval-amont décroissant, qui peut notamment être relié au sur-aménagement de ces milieux et à la multiplication des obstacles transversaux qui perturbent la circulation piscicole et notamment la montaison des anguilles. Mais ce gradient n’est pas forcément effectif sur l’ensemble des parties basses des cours d’eau, et nous avons pu observer des densités de population plus importantes au niveau des stations intermédiaires qu’à celui des stations aval.

8-anguille

Anguille jaune-Photo MRM


 

Ce phénomène peut avoir plusieurs origines, l’une d’entre elles étant la caractéristique temporaire du régime hydrologique dans les parties terminales des fleuves, où les phénomènes d’infiltration dans les alluvions sont fréquents. C’est le cas du riou de l’Argentière, au niveau duquel la remise en eau du tronçon terminal n’ouvre que tardivement l’axe du cours d’eau à la colonisation.

Mais sur l’ensemble de la zone d’étude, on observe des effectifs très faibles dans les parties amont, ce phénomène étant parfois poussé à l’extrême. Ainsi, localement, les populations d’anguilles y deviennent anecdotiques, comme c’est le cas sur le Maravenne, le Pansard, le Batailler, l’Argentière, voir même absentes (Caréi).

Sur les vingt stations où l’anguille a été capturée, seules neuf possèdent une population dont les effectifs sont suffisants pour en estimer la densité et la biomasse. Parmi celles-ci, les populations des parties basses de la Durançole et du Caréi, et de la partie intermédiaire du Pansard présentent des estimations de densités particulièrement faibles (respectivement 420, 614 et 443 indiv.ha-1), notamment au regard de leur proximité avec la mer.

Cette faible colonisation correspond en réalité à des situations bien différentes puisque, pour des valeurs de densités relativement proches, les estimations de biomasse sur le Pansard, 7 kg.ha-1, sont entre sept et douze fois plus faibles que sur la Durançole et le Caréi. Dans ce cas, plus des trois-quarts des individus capturés possédaient une taille inférieure à 20 cm au mois de novembre, et pouvaient donc être considérés comme issus du recrutement de l’année. A l’inverse, plus de 80 % des individus capturés sur la Durançole et 70% de ceux du Caréi possédaient une taille supérieure à 30 cm au mois de juin, et peuvent donc être considérés comme sédentaires.

La structure de la population de la partie intermédiaire du Pansard peut d’une part être reliée à l’habitat dominant de la station, le faciès d’écoulement de type radier, qui correspond au preferendum de ce stade de développement, mais également aux fortes crues du début de l’année 2014 (fréquence de retour millénale), dont la violence a probablement décimé les individus présents à ce moment. Les individus contactés sur la station sont donc essentiellement ceux qui ont colonisé le cours d’eau après ces épisodes hydrologiques.

Des côtiers inaccessibles : le Caréi et la Durançole

A l’inverse, l’embouchure du Caréi étant inaccessible à la colonisation la majorité du temps, en raison du détournement de son cours dans sa partie souterraine afin qu’il n’arrive pas sur la plage de Menton, le linéaire n’est accessible qu’en cas de fortes pluies. Les civelles et anguillettes ne vont donc être présentes dans le cours d’eau que ces années-là, ce qui explique leur sous représentativité au sein de la population échantillonnée en 2014.
La Durançole est également inaccessible à la migration de montaison en raison de l’installation d’une pisciculture à son embouchure. Seuls de rares individus parviennent chaque année à coloniser le cours d’eau, probablement en empruntant des canaux d’irrigation de la Font de Leu, ce qui explique là encore les effectifs anecdotiques des jeunes stades.

A noter que l’estimation de la biomasse de la population de la station intermédiaire du Pansard est assez proche de celle des populations de la partie basse de l’Agay et de la partie intermédiaire de l’Argentière, alors même que la densité y est beaucoup plus importante (respectivement 30 105 et 1 783 indiv.m-2). Là encore, les populations d’anguille sont essentiellement constituées de jeunes stades, cette structure étant poussée à l’extrême sur l’Agay.

Au niveau de cette station, qui correspond à un unique radier, l’ensemble des individus capturés possédaient une taille inférieure à 15 cm, et pouvaient donc être considéré comme issus du recrutement de l’année. Cette valeur considérable représente ce que pourrait être le recrutement sur les petits cours d’eau côtiers des Maures et de l’Esterel dans des conditions d’embouchure non modifiées et un habitat de qualité.

Mais cette situation reste tout à fait exceptionnelle à l’échelle de la région, voire même à l’échelle du territoire national. Dans un contexte généralisé de diminution des stocks mondiaux d’anguille européenne, ces petits cours d’eau côtiers continuent d’abriter localement des densités très importantes d’individus issus de l’année. Il est donc primordial de leur procurer des conditions de sédentarisation optimales (continuité écologique, qualité physico-chimique et hydromorphologique) afin que ce recrutement puisse être converti en potentiel reproducteur.

Sur la partie haute de l’Agay, on constate que la densité a chuté mais reste malgré tout importante, tandis que la biomasse a très largement augmenté. Cela illustre bien l’impact des obstacles à l’écoulement, qui perturbent et retardent la montaison. L’augmentation de la biomasse est due à la plus forte représentativité des individus sédentaires (taille supérieure à 30 cm) au sein de la population, qui en constituent quasiment la moitié. La densité de jeunes stades étaient alors comprise entre 3 746 et 4 036 indiv.m-2.

Sur la Reppe

Elle est caractérisée par la quasi-absence d’anguillettes, et ce malgré des densités de population relativement élevées pour la zone d’étude dans les parties haute et intermédiaire. Cela explique que l’on y retrouve les biomasses les plus élevées de la zone d’étude.

Dans sa partie terminale, l’anguille est réduite à la simple présence, et il semble exister un gradient de densité aval-amont croissant à l’échelle du cours d’eau bien que les estimations soient très proches entre les parties amont et intermédiaire.

Mais il est intéressant de noter que les seuls individus dont la taille était inférieure à 15 cm ont été capturés sur la partie intermédiaire. Cela est dû à l’aménagement particulier de la Reppe, où chaque canal d’irrigation est restitué au milieu en aval de sa prise d’eau. Ainsi, la colonisation se fait de façon saltatoire, par l’intermédiaire des canaux, ce qui permet aux individus en migration de montaison de s’affranchir des obstacles constitués par les prises d’eau.Cela illustre également le rôle des canaux dans les assemblages piscicoles et dans la dynamique des populations d’anguille en milieu méditerranéen, où l’irrigation des terres agricoles se fait traditionnellement de façon gravitaire, impliquant un réseau de canaux très dense.

Sur le Batailler

Le peuplement est monospécifique et constitué uniquement d’anguilles sur l’ensemble du cours d’eau, les populations restant très peu abondantes avec un maximum de onze individus à la station intermédiaire. Ceci indique une faible attractivité pour la faune piscicole, et il est possible qu’il s’agisse également d’une conséquence des très fortes crues de décembre 2013.

 

Embouchure Batailler






Embouchure du Batailler (83) - Photo